Karthala

  • « On eut dit que nous l'avions toujours lu, qu'il nous accompagnait depuis que la littérature était devenue pour nous une affaire qu'on pouvait, prétentieusement, qualifier de sérieuse. En réalité, la plupart d'entre nous ignoraient jusqu'à son nom il y a à peine un mois » Extrait de « Pour les écrivains de ma génération » de Mohammed Mbougar Sarr, l'un des 17 textes a` découvrir dans ce nouveau numéro de la revue WIP, Littérature sans filtre, la 1ère revue dédiée a` la création littéraire et a` une nouvelle génération d'auteurs francophones.

    Supplément spécial : l'entrée en littérature de Sofia Aouine avec le roman Rhapsodie des oubliés aux éditions de la Martinière qui a reçu le prix du café de Flore en 2019.

  • Notre époque assiste à une montée des fondamentalismes religieux. Dans des milieux en crise d'identité profonde, ce type de conviction peut sécuriser en donnant des repères considérés comme sûrs, immuables, véridiques. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la proclamation de l'État islamique d'Irak et du Levant, la nébuleuse fondamentaliste islamique, dans sa forme djihadiste, inquiète par sa capacité croissante à attirer des musulmans et à recruter des non-musulmans fraîchement convertis, jusqu'en Europe.

    Or l'extrémisme d'inspiration musulmane, perçu à travers une actualité dramatique, ne se réduit pas à des conjonctures sociales et internationales. Il s'inscrit dans un fondamentalisme religieux particulier ou, plus exactement, dans un faisceau d'idéologies politico-religieuses qui, depuis plus d'un siècle, ont circulé dans les sociétés du monde musulman, surtout dans sa partie arabe, en réponse à une série de crises internes et externes.
    Malgré sa pertinence, l'analyse sociopolitique n'est donc pas en mesure, à elle seule, de rendre compte de la dérive fondamentaliste. La nature religieuse du phénomène ne peut être éludée. Elle implique une prise en compte des logiques inhérentes à la réflexion théologique. C'est ce que les spécialistes de l'islam réunis autour de Michel Younès ont entrepris d'expliquer. Ils vont au-delà d'une représentation superficielle de ce courant de pensée et des mobilisations qu'il inspire. Ils nous aident à comprendre plus profondément un phénomène religieux et politique devenu crucial en ce début du xxie siècle.

  • En écriture, je me méfie des idées, surtout lorsqu'elles me paraissent bonnes...
    Publier un texte fait peur... Écrire, c'est la construction d'inconnu, progresser en inventant la forme...
    On ne s'excuse pas de son amour des mots.
    17 textes, 17 auteurs et leur vision de l'écriture... WIP, c'est la première revue de création littéraire qui vous fait entrer dans l'atelier de l'écrivain.
    Retrouvez les textes de : Sonia Ristic, "Des fleurs dans le vent" (extrait de roman) Sayouba Traoré, "Une vie de femme" (extrait de roman) Bofane In Koli Jean, "De la virtualité de l'être" (nouvelle) Ecer Sedef, "Istanbul, corps féminin et champ de bataille" (poésie) Cheb Sun Marc, "L'enfant au ventre creux" (pièce en un acte) Fluet Amandine, "Pater" (vrai-faux documentaire) Simon Chris, "Ceci n'est pas mon enfance" (extrait de roman) Nisse Tom, "Requiem" (poésie) Belfadel Tawfiq, "Ma grand-mère est une île" (micronouvelle) Bailly Sylvie, "La stratégie du grain de sable" (extrait de roman) Allézy Catherine, "Yvon et le grand frisson" (fable) Dimitrova Albena, "La lobbyiste, chemin à six virages" (extrait de roman) Evita Christelle, "Comment ne plus être noire" (tréâtre) Grillo Raphaël, "En scène/Sans-abri/Le tuer" (micronouvelles) Teodorescu Irina, "Ni poète ni animal" (extrait de roman) Pianezza Pamela, "Les corps indociles" (extrait de roman)

  • Cet ouvrage, qui mêle portraits littéraires et portraits photographiques, retrace les trajectoires de vingt femmes d'origine africaine établies en Belgique. Celles-ci témoignent des difficultés partagées, mais surtout de leurs parcours de réussite et de reconnaissance sociale. Brillantes et engagées dans les milieux culturel, politique et associatif, elles apportent un autre regard sur les questions migratoires et la situation des femmes en particulier. Si les problèmes de racisme et de discriminations sont bien réels, si le chemin paraît encore long et tortueux, les luttes individuelles ou collectives finissent par payer. Sans angélisme, mais sans défaitisme non plus, le message que ces femmes adressent, notamment aux jeunes générations, est celui des possibles.

  • Le père Louis-Joseph Lebret (1897-1966), dominicain, fut invité par le gouvernement sénégalais à inventer le plan de développement du pays avec les jeunes acteurs de l'Indépendance.
    Sa compétence d'économiste, sa valeur spirituelle, sa vision prophétique des défis à relever par les pays africains dans la mondialisation et sa délicatesse ont marqué les esprits. Le père Lebret travailla au Sénégal de 1957 à 1963. Des témoignages, une analyse des situations sociales et politiques de l'époque, des textes inédits font de ce volume un ouvrage unique et indispensable. Il révèle l'étonnante complicité entre un prêtre français et ses amis sénégalais.
    Il montre les voies toujours actuelles d'une coopération féconde d'un continent à l'autre.

  • En juin 1952, Soeur Magdeleine, la fondatrice des Petites Soeurs de Jésus, arrive en pleine Amazonie et laisse en repartant trois de ses jeunes soeurs, dans l'une des régions les plus pauvres du Brésil, au coeur de la tribu des Tapirapé. À l'époque, cette dernière, réduite à quarante-sept membres, était en train de se laisser mourir. Plus de cinquante ans après, les Tapirapé représentent une population de plus de cinq cents membres.

    Les Diaires (journal des Fraternités), qui retracent la vie de cette fraternité de juin 52 à la fin 1954, nous font découvrir comment ces trois Petites Soeurs de tout juste 22-28 ans s'enfouissent « sans esprit de retour », apprennent la langue et gagnent la confiance des Tapirapé au point que ceux-ci, se sentant reconnus dans leur dignité, retrouvent le goût de la vie et « renaissent » littéralement. Au point de créer une école dans leur village pour leurs propres enfants.

    Le « récit au quotidien » de ce livre nous révèle comment ces Petites Soeurs font une analyse quasi ethnologique de cette tribu d'Indiens d'Amazonie afin de mieux s'y insérer. Il nous raconte à la fois la manière de vivre des fraternités des Petites Soeurs de Jésus dans l'extrême pauvreté, et la contemplation conjointe de Jésus et de ceux dont elles tentent de partager la vie.

    Et comment encore, « Signe des temps », cette attention à l'autre et l'étonnante disponibilité intérieure qu'elle requiert les conduisent à une reconversion du sens de leur présence : « À cette époque, nous avions le désir de faire participer les Tapirapé aux fêtes chrétiennes pour les introduire peu à peu dans la connaissance de Jésus-Christ à travers l'Église. Plus tard, nous avons choisi de ne pas nous immiscer dans la religion traditionnelle des Tapirapé mais de pratiquer le dialogue interreligieux. »

  • être homosexuel au Maghreb

    Collectif

    • Karthala
    • 15 Octobre 2016

    Cet ouvrage vise à rendre compte d'une réalité longtemps occultée et déniée au Maghreb. Il questionne l'expérience homosexuelle sous l'angle des sciences sociales et tente d'éclairer les vécus des hommes et des femmes, des gays et des lesbiennes, aussi bien en terre d'islam qu'en terre d'immigration.

    À partir d'analyses théoriques et de nombreux témoignages, l'homosexualité au Maghreb se dévoile et, à travers elle, se décèlent les mécanismes de contrôle social des sexualités, la construction de l'hétérosexualité comme modèle hégémonique et la dévalorisation des sexualités différentes.

    Le livre décrit des trajectoires et des styles de vie, des stratégies de contournement de la norme et de maîtrise du stigmate, des formes de mobilisation et d'engagement militants. Il révèle que l'homosexualité est plus qu'une pratique sexuelle dite atypique, vouée à la dissimulation et l'invisibilité. Au-delà de la réalité homosexuelle approchée en Tunisie, en Algérie et au Maroc, l'ouvrage éclaire les modes de gestion sociale de l'altérité dans des contextes sociopolitiques en mutation.

  • Vous trouverez ici le fruit d'un travail passionné de deux années qui a rassemblé un collectif de femmes et d' hommes dans l'unique but de participer à la réhabilitation d'une histoire raturée, gommée : l'histoire de l'esclavage transatlantique, qui a bien duré quatre siècles et brisé des millions de vies !

    Comme le dit Lydie Ho-Fong-Choy Choucoutou, professeur de lettres, « il ne s'agira nullement de réveiller les démons du passé, comme le pensent certains, mais de restituer des repères historiques à des populations dépourvues de mémoire. Il s'agira surtout de s'approprier une histoire qui constitue l'acte fondateur des sociétés guyanaises mais aussi antillaises et réunionnaises ... » Selon Michaella Perina, philosophe, « c'est de mémoire collective qu'il s'agit, et il importe que l'humanité tout entière garde en mémoire ce que l'homme a été capable de faire de pire à son semblable, ainsi que les multiples formes de légitimation qu'il a été capable de fournir, d'inventer... » Aux côtés de l'écrivain Patrick Chamoiseau, qui sonde les profondeurs de la mémoire obscure et de la mémoire consciente, Dany Bébel-Gisler, ethnologue et linguiste, nous propose de reconstruire le lien brisé. Alors que l'écrivain Édouard Glissant, dans une déclaration solennelle, inter­ pelle sur le poids de la traite et de l'esclavage, Emmanuel Jos, juriste, qualifie le crime et argumente la réparation. Howard Dodson, directeur d'un centre de recherche sur les cultures du monde noir, à partir de travaux de recherche d'économistes américains en évalue le prix.

    Enfin, Aldiouma Cissokho, militant pour les droits de l'homme, nous restitue une réalité contemporaine : l'esclavage existe encore en tant qu'institution en Mauritanie.

    Ainsi, plus de vingt auteurs, par des analyses croisées, témoignent de nos complexités, de nos ambiguïtés, de nos richesses ... Le Comité Devoir de mémoire, lui, en vous invitant au débat, garde le fervent espoir d'un large soutien de la communauté noire, pour une reconnaissance de l'esclavage afro-américain comme crime contre l 'humanité, par l'ensemble des nations du monde, ouvrant ainsi la voie à des réparations nécessaires.

  • L'actualité du continent africain, de la Côte d'Ivoire au Zimbabwe, de la République démocratique du Congo ou du Cameroun à la République d'Afrique du Sud, est marquée par de multiples tensions et conflits, internes ou internationaux, qui ont la terre et ses ressources pour enjeux...
    A cela au moins deux raisons : non seulement ces tensions sont en même temps sociales, politiques et économiques mais aussi, et surtout, on en a sous-estimé trop longtemps l'impact et tardé à rechercher les réponses satisfaisantes. Certes les organismes internationaux, et au premier chef la Banque mondiale, ont fait de la question foncière une de leurs priorités, tant en Afrique qu'en Asie du Sud-Est.
    Mais les solutions préconisées sont d'un tel simplisme que, bien souvent, le remède est pire que le mal. Car ce n'est ni la généralisation de la propriété privée ni le titre foncier qui sécurisent les investissements mais l'Etat qui garantit ceux-là. Si l'Etat est faible, la garantie est nulle. C'est dans ce sens qu'on peut noter un retour du foncier avec l'apparition en ce début du XXIe siècle de nouvelles problématiques dans le domaine des politiques publiques qui remettent la question foncière au centre des débats de la société civile et des démarches réformatrices.
    Mais ce retour du foncier est aussi un nécessaire retour au foncier. Les études foncières qui, depuis bientôt quarante ans, ont été un des axes centraux du développement des travaux de l'anthropologie du Droit doivent être relancées, dans l'urgence. Des pistes sont ici dessinées. Elles doivent être approfondies.

  • En 1902, l'événement politique majeur de la Caraïbe insulaire avait été l'émergence de la République de Cuba.
    Résultat des deux célèbres guerres d'indépendance nationales cubaines, la " Guerra Grande" (1868-1878) et la " Guerre de Marti" (1895-1898) - pour parler comme le général en chef de l'armée Mambi de libération, Maximo Gomez- la souveraineté cubaine allait néanmoins être placée sous tutelle nord-américaine et pour longtemps. Le dessein du colloque international organisé pour célébrer l'événement fut d'inventorier non seulement les faits significatifs survenus à Cuba et leur résonance dans le monde environnant, à l'extrême pointe du XIXe siècle, mais encore, chemin faisant, de s'intéresser au panorama à la fois politique, social, économique et culturel que présente la Caraïbe tout entière, îles et Terre Ferme à la veille du XXIe siècle.
    Celui qui présida avec esprit d'à-propos, érudition et clairvoyance, la rencontre qui s'ensuivit, le Recteur Bertène Juminer, professeur de médecine, nous a quittés au mois de mars 2003. Les membres du Centre d'études et de recherches caraibéennes, unanimes, ont voulu que l'ouvrage que l'on va lire, sous le titre La Caraïbe au tournant de deux siècles, soit un hommage ému rendu à sa mémoire.

  • Depuis l'invasion de l'Irak, l'actualité proche-orientale a propulsé sur la scène médiatique un chiisme dont la " montée ", signalée comme une donnée géopolitique majeure au Moyen-Orient, est parfois appréhendée comme un nouveau " péril ", en Occident et par certains régimes arabes.
    C'est ce contexte qui a popularisé l'expression de " croissant chiite " pour désigner et souvent stigmatiser, de l'Afghanistan au Liban, une série de zones chiites, articulées autour de l'Iran et susceptibles de former un bloc servant les intérêts de la République islamique d'Iran. A l'encontre de ce " croissant chiite ", ce livre présente les " mondes chiites ", au pluriel, dans toute leur complexité.
    De l'Afrique à la Chine, sans compter les diasporas, on trouve des groupes chiites duodécimains souvent minoritaires, parfois majoritaires. Par sa position géographique et son rôle dans l'histoire, l'Iran est au centre de ces mondes chiites, mais que signifie et que recouvre vraiment cette centralité ?. Ce livre réunit des spécialistes des aires géographiques concernées. Il offre un parcours au coeur de ces contextes multiples, où être chiite ne correspond jamais exactement à une même réalité sociale et culturelle, malgré des références communes, doctrinales et politiques.
    L'exportation de la révolution, qui fut longtemps le paradigme de l'influence iranienne sur les mondes chiites, a fait son temps, même si dans certains cas, tel celui du Hezbollah libanais, son héritage est évident. Quel rôle joue réellement l'Iran dans les chiismes en construction, à Istanbul, Bakou, Boukhara et Tachkent, ou encore chez les chiites de Dakar ?. Le " modèle iranien " n'est plus seulement, et, parfois plus du tout, celui d'un islam politique révolutionnaire.
    Du clerc rebelle Muqtadâ al-Sadr en Irak aux écoles religieuses où étudient de jeunes Pakistanaises, l'influence iranienne se décline sous de multiples formes. Pour les mondes chiites, l'Iran reste un formidable laboratoire d'idées

  • Autrefois, les féticheurs ne faisaient de mal à personne, mais si tu allais les provoquer, ils te le faisaient payer.
    C'était ce qu'il y avait de bien dans le fétichisme. A présent, la plupart des jeunes sont ignorants, ils font des querelles aux autres, ils prononcent des malédictions : " Je vais te tuer ! ", alors qu'ils ne connaissent rien. Ce genre de personnes, si tu leur transmets de bonnes connaissances, il tuent beaucoup de gens qui ne leur ont rien fait. C'est pourquoi les vieux ne veulent pas donner de bonnes connaissances, et beaucoup meurent en emportant leur savoir.
    Un jeune qui ne fait pas de mal aux autres, il peut obtenir des connaissances auprès des vieux, petit à petit. Et si ces vieux ont confiance en lui, s'ils voient que c'est quelqu'un de simple, il peut apprendre beaucoup. Mais des jeunes comme ça, il n'y en a plus beaucoup aujourd'hui. Dès qu'ils ont un tout petit peu de connaissances, ils s'en vont n'importe où vendre des remèdes, gagner de l'argent, et ne tiennent plus du tout compte de toi, qui leur as donné ces connaissances.
    Le savoir s'apprenait autrefois dans le respect, ce n'était pas une question d'argent. Maintenant, c'est l'argent qui compte, c'est ce qui fait que beaucoup de choses n'ont plus de force, et qu'il y a partout des gens qui ne disent que des mensonges. Ce qui fait l'intérêt de ces chroniques, c'est surtout qu'elles donnent à voir in situ, et sans la présence d'aucun observateur étranger, forcément perturbateur, comment, dans un village des environs de Ségou, on vit avec les maléfices, les malédictions, la sorcellerie, les amulettes, et tous autres procédés, croyances ou objets " magiques ".
    Comment ceux-ci se mêlent aux jeux de pouvoir, d'argent, d'amour, aux relations de famille et de travail, à la maladie et à la mort. Mais aussi comment ils soulignent et parfois révèlent, au-delà des enjeux et calculs individuels, et au-delà du village - qui pourrait être autre et autre part - les principes fondamentaux, les éléments obsessionnels de la société malienne

  • Le Dossier Religions des peuples autochtones au Nord de l'Amérique Dirigé par Louis Rousseau avec les contributions de Laurent Jérôme, Claude Gélinas, Olivier Servais, Marie-Pierre Bousquet, Frédéric Laugrand et Caroline Braën. On les croyait tous convertis au christianisme. De religions autochtones, quelques groupes traditionalistes exceptés, il ne resterait plus que des artéfacts folkloriques à plumes exhibés au cours de festivals annuels et mis en vente pour les touristes visiteurs. La deuxième partie du XXe siècle a donc le plus souvent traité l'activité religieuse autochtone contemporaine comme un objet sans intérêt appelé à disparaître, emporté par la modernité victorieuse. Déjouant les prévisions et les prédictions, la recomposition actuelle d'une conscience identitaire autochtone suscite d'intenses débats internes en lien avec la dimension religieuse tressée autour du triple courant des grandes Églises chrétiennes, des Églises évangéliques et d'un nativisme qui s'élabore avec des traits du patrimoine antérieur au contact avec les blancs. Louis Rousseau a réuni six anthropologues dont les approches permettent de comprendre les changements en cours et leurs enjeux. Laurent Jérôme prend appui sur le projet de renouveler l'exposition permanente que le Musée de la civilisation du Québec consacre aux 11 Premières Nations pour analyser le nouveau type de relations qui s'instaure entre les agents d'une institution de l'État et les acteurs autochtones. À travers les conflits surgis dans le champ religieux, Claude Gélinas pose le problème de la tension entre le besoin de fabriquer de l'unité sociale et la réalité du pluralisme religieux. Olivier Servais s'attache à l'observation des transformations de la tradition des jeux de hasard. Marie-Pierre Bousquet entre en conversation avec des Anicinabek (Algonquins) autour de ce qu'elle appelle des faits bizarres et qui semblent résister à l'explication facile. Frédéric Laugrand et Caroline Braën tracent le premier portait d'ensemble de la genèse et des articulations des réseaux de réseaux créés par la mouvance évangélique et pentecôtiste qui investit le monde autochtone canadien. Varia Héritières d'un projet, porteuses d'un charisme : regards de missionnaires québécoises sur la rénovation de leur institut, par Catherine Foisy Chroniques Les catholiques français après l'épisode du mariage pour tous Compte rendu de colloque : « Les laïcs dans les religions », Besançon, 22e université d'été Lectures Dynamiques religieuses au Québec ; travaux récents publiés par : Catherine Foisy, Yvan Lamonde, Robert Mager et Serge Cantin, Géraldine Mossière, Jacques Palard, Martin Pâquet, Matteo Sanfilippo et Jean-Philippe Warren

  • Ce livre couvre une aire culturelle « turcopersane » allant de l'actuelle Turquie à l'Asie centrale, en passant par l'Iran, et réunit ainsi des mondes musulmans chiites comme sunnites, culturellement et politiquement pluriels (empire ou nation). La période considérée commence avec l'apparition du cinéma dans la région et s'achève à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comment le cinéma s'est-il diffusé géographiquement à partir de son épicentre français et comment fut-il objet d'appropriation, tant par les gouvernements que par les spectateurs, les exploitants et les cinéastes des pays considérés ?

    À la lumière de ces questions, quatre thématiques se dessinent. La première concerne le rapport du religieux à l'image en Iran, à travers la miniature, la photographie et le film ; il s'agit alors de comprendre le dogme mais aussi les façons dont il a pu être détourné par de judicieux raisonnements théologiques et philosophiques, ou par une pratique populaire trop pressante pour être contenue. Le second thème s'intéresse à la propagande cinématographique et à la soumission du cinéma à l'État, avant la Première Guerre mondiale dans l'Empire ottoman, mais surtout dans les premières années du pouvoir kémaliste en Turquie. De l'autre côté de la chaîne de production cinématographique, et c'est la troisième thématique, l'ouvrage s'interroge sur les conditions de visionnage, les transferts culturels, les réappropriations et les réutilisations, voire les détournements que subissent les copies cinématographiques, en prenant de nouveau l'Iran comme cas d'étude. Enfin, dans le droit fil de l'analyse des pratiques culturelles se trouve une dernière thématique relative aux questions de négociations et de transactions qui s'établissent plus ou moins difficilement au sein d'un système de domination soviétique aux contraintes idéologiques fortes.

    Ces écrans d'Orient, riches et complexes, offrent une lecture passionnante de ce qui se joue dans les zones frontières, les périphéries géographiques ou sociales des anciens empires, où se superposent souverainetés politiques, influences culturelles et diverses logiques de domination, de négociation, d'innovation et de résistance.

  • La question sociale a effectué un retour en force au Maroc, dans les années 2000. Les acteurs ont eu tendance à l'exprimer en termes de revendications, que justifiaient les défaillances de l'État, et les chercheurs à la problématiser dans les canons de la sociologie de la mobilisation ou des politiques publiques. Mais la prise en compte de la pluralité des acteurs et de la diversité des dispositifs offre la possibilité d'une autre lecture qui remodèle les formes mêmes du social. Administrer des espaces, des catégories, des temporalités, des imaginaires ou des conflits revient à définir les liens sociaux, à façonner les appartenances, à faire jouer des médiations, à qualifier l'ordre établi.

    Du port de Casablanca aux maisons de jeunes de quartiers populaires, des transports urbains au système de subvention de la farine et du pain, du courtage de l'emploi domestique à la patrimonialisation d'une région marginalisée, de la gestion des terres collectives à l'aide aux mères célibataires, cet ouvrage démontre l'importance du gouvernement indirect du social, dont l'équivoque facilite compromis et bricolages et renforce la capacité d'adaptation du politique aux transformations de l'époque.

    S'inscrivant dans la continuité de deux titres précédents de la collection « Recherches internationales », consacrés à la privatisation des États à l'âge néolibéral et à l'État d'injustice au Maghreb, ces recherches inédites ouvrent de nouvelles perspectives à la sociologie historique du politique, bien au-delà du seul cas du Maroc.

  • Pionnière des « soulèvements arabes », la Tunisie est aujourd'hui le seul pays à poursuivre l'« expérience de démocratisation politique » entamée suite à la « révolution » de l'hiver 2010-2011. Les élections libres et concurrentielles de 2011 et de 2014 constituent un fait marquant de ce processus de changement.
    Proposant une lecture inédite de ces élections, de leurs enjeux et de leurs résultats, les auteurs de ce livre poursuivent une double ambition : proposer un ouvrage de référence sur les scrutins post-révolution et présenter une analyse des dynamiques sociales et politiques de la Tunisie contemporaine.
    L'originalité des analyses développées dans cet ouvrage est qu'elles mobilisent une approche interdisciplinaire, combinant, sociologie, géographie et science politique, et qu'elles s'appuient sur un riche matériau empirique permettant de contextualiser les comportements électoraux et cernant les clivages politiques et les fractures socio-territoriales au sein de la société tunisienne.
    Un autre apport important de cet ouvrage est de montrer qu'en faisant émerger la figure de l'électeur, les transformations politico-institutionnelles ouvertes par les « soulèvements arabes » suscitent non seulement un regain d'intérêt pour l'analyse des comportements électoraux, mais contribuent aussi à renouveler les questionnements et les analyses relatives aux processus électoraux dans les pays de la région.

  • Comment un mouvement religieux s'implante-t-il sur un territoire et le sacralise-t-il ? Ou, autrement dit, comment les individus, les groupes et les mouvements sacralisent-ils le territoire dans leurs pratiques et représentations sociales, politiques et religieuses ?

    Les terrains d'enquêtes de cet ouvrage se situent principalement en Afrique centrale et en particulier au Congo-Brazzaville. Les processus de constitution du sacré sont étudiés à travers différents phénomènes historiques ou plus contemporains. C'est le cas avec le matsuanisme au Congo, les images et les écrans modernes comme dispositifs des sociétés de l'éblouissement, la place du corps du roi dans la société bamiléké, l'implantation du prophétisme japonais Sukyo Mahikari en Afrique de l'Ouest.

    Les territoires du sacré sont encore abordés avec les pratiques de deuil au Cameroun, l'étude des métaphores nécrologiques issues des médias à Brazzaville, le tchikumbi et le sacré matrimonial ou bien les rites autour des restes de Pierre Savorgnan de Brazza au Congo.

    En explorant un certain nombre de territoires du sacré, ce livre souhaite donner à lire et à comprendre la prégnance du « religieux » dans les sociétés africaines contemporaines et dans les pratiques des acteurs sociaux et politiques.

  • WIP pour Work In Progress. Quatre auteurs lisent leurs travaux en cours face à un public. Depuis décembre 2013, ce sont des soirées littéraires et maintenant, une revue...

    Il n'y a que peu de moments comme celui-là. Lire un texte à haute voix, devant un public le plus souvent inconnu, dans un lieu qu'on découvre ou qu'on apprécie. Des mots que l'on a écrits selon un rituel propre, pour une fin souvent inavouée. C'est la question qu'il ne faut jamais poser à un auteur : est-ce autobiographique ? Bien sûr que ça l'est.
    Ces mots viennent du plus profond d'entre nous. Exposer son rapport au monde sans réellement pouvoir se cacher derrière un écran, des pages. Ses propres mots. Écrire, c'est sans doute l'expression d'un masochisme. D'une forme de narcissisme. Car il y a ces textes dont on se souvient tous. La stature d'écrivain. Mais qui sait le nombre de fois où ces phrases ont été tournées, ces mots rebattus, d'où a germé l'idée ? Combien de brouillons froissés, abandonnées ? Combien de vagues d'exaltation, quelque part entre l'enfer de la page blanche et la brutale libération des mots ? Je tiens quelque chose. Le fil d'une histoire que je ne lâcherai plus... Et puis un jour, il y a ce texte. Comment couper le cordon, savoir s'arrêter ? Un manuscrit a une existence propre. De l'excitation d'écrire à l'appréhension d'être lu. Hors sol. Le grand saut. Car quelle que soit l'expérience, le niveau de reconnaissance, in fine, il n'y a plus que les mots et le lecteur. Et le lien qui se crée ou non entre les deux.
    Sonia Rolley pour l'équipe du WIP

  • Dès le tout début des années 1980, les auteurs posaient le problème du politique par le bas en Afrique.
    Ils soulignaient le rôle des " petits ", des " sans importance ", des " en bas du bas " dans l'invention de formes originales de l'Etat, alors même que prévalaient au sud du Sahara des situations autoritaires. Mais ils s'interdisaient aussi de postuler l'existence d'une " culture populaire ", en reprenant à leur compte les critiques formulées à l'encontre de cette notion. Ils proposaient pour leur part une problématique de l'énonciation du politique, seule à même de restituer l'historicité du politique dans sa complexité et son ambivalence.
    Leurs analyses ont marqué le renouvellement des études africaines et ont reçu une large audience bien au-delà de ces dernières. Réunies en 1992 dans un volume qui fit date mais qui était épuisé depuis plusieurs années, elles sont aujourd'hui reprises, alors que de nombreux travaux redécouvrent la portée de l'approche du " politique par le bas " et la mettent en perspective avec les subaltern studies indiennes, l'Alltagsgeschichte allemande, la microstoria italienne ou l'historiographie marxiste anglaise.
    Dans cette nouvelle édition augmentée, une préface inédite montre en quoi elle demeure utile pour comprendre le monde contemporain en dehors des facilités de pensée. A condition de voir qu'elle n'a jamais prétendu être une " école ", mais un simple état d'esprit, une forme d'hétérodoxie par rapport aux courants établis des sciences sociales, une expression de cynisme heuristique vis-à-vis des croyances et des convenances académiques ou politiques.

  • La BD a souvent mis en scène des croyances ou pratiques religieuses. Certains auteurs se contentent de faire écho à la culture ambiante. Mais d'autres nourrissent une réflexion sur la foi ou sur l'histoire des structures confessionnelles. D'autres enfin font oeuvre prosélyte, cherchent à convaincre par le biais des cases et des bulles. De tels liens suscitent de multiples interrogations. Quelles limites peuvent imposer aux dessinateurs et aux scénaristes les canons d'un culte ou un clergé ? Quelles solutions adoptent les auteurs pour faire entrer le spirituel dans la logique des strips et des planches ? Comment une « nouvelle BD », plus adulte et plus irrévérencieuse, renouvelle-t-elle le traitement des sujets religieux ? Cet ouvrage entend aborder de telles questions de la manière la plus large possible. On y évoquera en effet l'école franco-belge, mais aussi les comics, les mangas, et des productions moins connues, comme les BD arabes et turques, israéliennes, africaines. De même, diverses religions seront prises en compte : le christianisme, l'islam, le judaïsme, le bouddhisme, mais aussi un prophétisme africain comme le kimbanguisme.

  • Les temporalités constituent une entrée courante de l'approche des migrations internationales, tout en n'en demeurant bien souvent qu'une dimension implicite, voire impensée. Dans leur pluralité, les rythmes temporels scandent pourtant les transformations sociales à des échelles variables, et les historiens ne sont pas les seuls à pouvoir les intégrer à leur réflexion. À bien des égards, sociologues, géographes, anthropologues, et plus généralement l'ensemble des chercheurs en sciences sociales, incluent les temporalités dans leurs analyses des migrations et de leurs territoires. Pour en rendre compte, cet ouvrage propose d'observer des trajectoires collectives ou individuelles de migrants en Méditerranée, à différentes époques, en soulignant les jeux de temporalités dans lesquelles elles se déploient : celles des projets, de leur mise en oeuvre, des voyages et des traversées, des installations, des nostalgies et des retours réels ou fantasmés, des circulations et des visites familiales...

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